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Ronan - Hô-Chi-Minh 

J'ai écrit à Ronan dès le début de mon aventure au Vietnam. Il a tout de suite été d'accord pour une rencontre mais étant basé à Hô-Chi-Minh, il a fallu attendre 1 mois, le temps de descendre le Vietnam à moto, pour enfin le rencontrer.

Durant cette rencontre, j'ai pu découvrir le formidable projet de deux nantais qui ont décidé de fabriquer des baskets, de façon éthique et écoresponsable.

2

euros par paire pour la construction d'écoles

5635

abonnés sur Instagram

2500

paires vendues (hors nouvelle collection)

663

% de l'objectif du dernier crowdfunding atteint

Âge: 27 ans

Lieu de naissance: Ploermel

Lieu de vie: Hô-Chi-Minh Ville, Vietnam

Activité: Co-Fondateur N'go Shoes & professeur d'anglais au Vietnam

Hobbies : Kayak, foot

Métier rêvé pendant l'enfance: Pompier ou policier

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DAB : Bonjour Ronan ! Est-ce que tu pourrais te présenter ainsi que ton parcours ?
Ronan : Alors, je m'appelle Ronan, j'ai 27 ans et j'habite à Hô-Chi-Minh. J'ai grandi vers Nantes dans l'ouest de la France. Après le bac, j'ai fait une fac de droit, un Master de science-po avec une spécialisation en solidarité internationale et humanitaire. Une fois les études finies, j'ai travaillé pour une ONG avec laquelle je suis venu au Vietnam pendant un an et demi.  A la suite de cela je suis rentré en France pour trouver une autre mission avec une ONG en Afrique, Amérique Latine ou Asie, mais comme c'est très bouché comme milieu, j'ai commencé à me dire qu'il fallait que je fasse quelque chose moi-même, tout en gardant le côté social que j'avais avec les ONG.

Et c'est là qu'est né le projet N'go ?
Oui ! Et quand j'ai commencé à réfléchir à ce projet, Kévin, un ami que j'avais rencontré au lycée et qui avait par la suite effectué des études d'expertise comptable, rentrait d'un voyage au Mexique. En revenant de son voyage il avait réalisé que son travail en cabinet comptable ne lui plaisait plus. En discutant tous les 2, on s'est rendu compte qu'on avait vraiment envie de créer quelque chose ensemble. Il a alors lancé l'idée de créer et commercialiser un produit tout en reversant une partie des bénéfices à une œuvre caritative. On ne voulait pas lancer un business pour faire du business, on voulait lancer quelque chose de vraiment propre. 

Et c'est ce qu'on fait aujourd'hui avec N'go, on veut montrer qu'on peut faire du "Made in Vietnam" propre.

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Peux-tu présenter justement la marque N'Go Shoes pour ceux qui ne la connaîtraient pas ?
Bien sûr ! Donc N'go Shoes ce sont des baskets éthiques et solidaires. Éthiques car on travaille avec des artisanes de minorités ethniques avec qui on échange sur les principes du commerce équitable. Et solidaires car on reverse une partie des bénéfices pour la construction d'écoles au Vietnam, par le biais d'une ONG autrichienne à laquelle on fait un virement tous les 3 mois et avec qui on sélectionne pour quels projets ces fonds vont être utilisés.

Cette partie des bénéfices qui est reversée pour la construction d'écoles s'élève à 2€ par paire de chaussures. Ce qui peut paraitre peu du point de vue du consommateur, mais en tant que petit producteur de chaussures équitables (et donc avec une marge déjà réduite), cela représente un engagement important.

Pour l'instant, avec N'go nous avons vendus 2500 paires sans compter la nouvelle collection qui est actuellement en crowdfunding. Sur cette nouvelle collection, nous sommes passés sur un modèle plus adapté à tous les temps et un peu moins "été" que la précédente. Nous avons déjà 663 paires de pré-commandées.

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Et une fois que vous avez décidé de vous lancer dans cette aventure, comment ce sont passés les débuts ?
Donc on a commencé à en parler en avril 2016 et on s'est tout de suite dis que le Vietnam était le pays idéal car j'avais l'expérience du terrain. Trois semaines après avoir commencé à en parler, je prenais mon billet d'avion. A ce moment-là, nous ne savions même pas encore ce que nous allions produire. Je suis donc arrivé en mai 2016 et j'ai fait des repérages et j'ai rencontré des personnes, pour faire des sacs ou des t-shirts, etc... Puis on a vu qu'il était possible de faire nos propres chaussures et le choix s'est fait totalement naturellement car Kévin et moi sommes fans de basket. En plus, le Vietnam est numéro 2 au monde sur la fabrication de baskets, donc il y a un savoir-faire qui était rassurant.

Les premiers échantillons de chaussures finis sont sortis dès juillet 2016, soit seulement 2 mois après mon arrivée, et un an plus tard, en juillet 2017, on a sorti la première collection. Durant cette année, on a fait beaucoup de tests jusqu'à obtenir la chaussure parfaite et commercialisable en France avec les normes européennes.

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Peux-tu nous en dire plus sur la production en elle-même des chaussures ? Avec qui tu travailles ?
Donc comme je le disais, avec N'go on travaille avec des artisanes issues de minorités ethniques sur le principe du commerce équitable.

Donc les tissages et les tissus de base qui composent la chaussure sont fait par les minorités ethniques Thaï Blanc qui sont spécialisés dans le tissage traditionnel. Nous travaillons avec deux villages, un situé dans le Nord-Vietnam et un dans le centre du pays, là-bas ces artisanes sont organisées sous forme de coopératives, elles organisent elles-mêmes leur travail, elles gèrent leur temps, elles fixent les prix et nous on ne les renégocie jamais. Pour le moment nous travaillons uniquement avec la minorité Thaï blanc qui est spécialisée dans le tissage mais potentiellement on travaillera dans le futur avec d'autres minorités si on a besoin de broderies où de choses comme ça pour nos produits, auquel cas on se tournera vers les minorités spécialisées.

Nous avons une relation privilégiée avec les coopératives avec qui nous travaillons, elles ne nous considèrent pas comme leur client et on ne les considère pas comme nos fournisseurs. Quand j'y vais on mange ensemble, je dors chez les artisanes, je joue avec leurs enfants. On travaille également main dans la main sur les produits, sur le design, sur le choix des matériaux, des couleurs, ... On fait des tests et une fois qu'on a les retours on fait les commandes finales.
Nous avons réellement construit une relation de confiance avec ces coopératives, et elles savent ce que l'on veut, ce qui fait que je n'ai plus besoin d'aller autant leur rendre visite (4 allers-retours sur les 3 derniers mois). Mais pour moi c'est important de continuer à y aller, car c'est dans l'ADN du projet d'avoir ce lien privilégié avec les artisanes vietnamiennes. D'ailleurs, je travaille en vietnamien avec elles donc j'ai dû apprendre la langue. Même si je ne suis pas du tout bilingue, j'arrive à me débrouiller pour travailler sur les tissus, d'autant que c'est un vocabulaire un peu particulier.

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Ce qui est super à voir aussi, c'est qu'avec le temps, les coopératives ont grandi avec nous. Aujourd'hui, N'go représente à peu près 10% des commandes de la coopérative du centre et 70-80% des commandes totales de la coopérative du Nord. Par conséquent, les coopératives se sont agrandies avec nous et c'est vraiment chouette à voir. La coopérative du Nord par exemple a refait le bâtiment qui est maintenant 3 fois plus grand, ce qui permet de meilleures conditions de travail et plus d'espace.

Donc, cette partie correspond à la production des matières premières et les tissus de base qui composent la chaussure, mais pour l'assemblage comment cela se passe ?
Concernant l'assemblage final des chaussures, l'idée de base était de produire à 100% les baskets dans les coopératives des villages, assemblage compris, mais on s'est vite rendu compte que ce n'était pas possible car ils n'avaient pas les moyens techniques et ils n'avaient pas le savoir-faire. C'était difficile de tout faire dans les villages et d'obtenir la qualité souhaitée.

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Par conséquent, nous avons travaillé avec un grand atelier, qui travaillait pour des grosses marques. Quand je suis arrivé avec ma petite commande de 2000 paires, cela ne les intéressait pas spécialement mais ils ont accepté de travailler avec nous parce qu'on finance des écoles au Vietnam, et parce qu'on travaille en fairtrade avec les minorités ethniques. J'avais du mal à me faire entendre lorsque que je voulais modifier des choses ou essayer des choses différentes. Ils m'ont globalement fait comprendre : "Tes 2000 paires on va te les faire mais on va te les faire en une journée" et je sentais bien qu'ils n'étaient pas plus intéressés que ça par le projet. Notre satisfaction sur le produit final leurs importait assez peu puisque derrière eux ils ont des très gros clients.

Donc par la suite, je suis descendu dans le sud pour travailler avec un atelier d'assemblage plus à taille humaine. J'ai trouvé à Ho-Chi-Minh un petit atelier d'une centaine de personnes qui correspond parfaitement aux petites quantités que nous commandons et avec qui nous travaillons aujourd'hui. Ce qui est parfait c'est qu’en plus nous avons l'envie commune de grandir ensemble, au même rythme et de s'améliorer.

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Et comment est fait le design des chaussures ?
Pour le design, on a travaillé dessus nous-même, bien qu'on ait aussi été aidés par ma copine qui est fashion designer ce qui est un gros avantage.

Ma copine étant vietnamienne, elle venait également avec moi dans les villages et aidait pour la traduction. Et comme je n'avais pas du tout la formation à la base c'est elle aussi qui m'a appris à manier illustrator/photoshop/etc...

Sur la nouvelle collection en revanche on a aussi travaillé avec un designer nantais qui nous a suivi sur cette collection. Plusieurs personnes travaillent dessus et on s'agrandit au fur et à mesure.

Justement, combien de personnes travaillent pour N'go Shoes ?
Nous travaillons donc avec ce designer Nantais en freelance. Nous avons aussi une community manager en freelance qui était à l'origine en stage pendant 6 mois chez nous et que nous souhaitons à terme embaucher à plein temps en tant que salariée. Et on recherche aussi quelqu'un en webmarketing. Et il y a bien sûr moi et Kevin.

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Et quelles évolutions voyez-vous pour N'go ?
Premièrement, on aimerait se rémunérer Kévin et moi à compter de début 2019. Car pour l'instant nous ne travaillons pas à 100% sur N'go et conservons un travail à côté, pour ne pas être trop sous pression. J'exerce par exemple en tant que professeur d'anglais ici au Vietnam. Et si possible comme je te l'ai dit, employer du monde à temps plein avec nous.

Concernant la distribution de nos chaussures, on travaille à la fois en BtoB et en BtoC. Être présent en BtoB est important car on a une petite faiblesse en webmarketing donc pour nous c'est plus facile d'avoir de la visibilité en étant présent directement dans les magasins de nos clients. Concernant les distributeurs, on en a aujourd'hui une dizaine en France, avec Eram (boutique en ligne et magasins) et les Galeries lafayette que l'on vient d'intégrer. En plus, de nouveaux points de distribution devraient apparaitre et notamment à l'étranger ! Il est notamment prévu d'en ouvrir un en Grèce, un en Espagne et un en Corée. On reçoit aussi des demandes d'Allemagne, de Belgique et de Hollande, donc l'export fait aussi partie de nos futurs projets.

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Enfin concernant les produits en eux-mêmes il y aura 2 types d’évolutions :

- Premièrement, nous allons continuer à nous développer et nous améliorer dans notre démarche écoresponsable. Par exemple, à nos débuts, nous avions pensé à faire des semelles à base de pneus recyclés, mais on s'est vite rendu compte qu'il y avait un problème de poids car la chaussure faisait vite 2 kg ! Malgré tout, c'est un projet que nous gardons en tête et nous continuons d'y travailler pour les projets futurs. En attendant de trouver une solution, nous travaillons sur la possibilité d'inclure des semelles en caoutchouc naturel. Une autre évolution que l'on vient déjà de mettre en place sur la nouvelle collection est l'utilisation du cuir au tannage végétal. Dans la majorité des cas, le cuir est tanné avec des produits chimiques car c'est plus rapide et moins coûteux. Mais, nous avons décidé de ne pas utiliser cette méthode pour des raisons écologiques mais aussi pour une question de santé publique, que ce soit pour nos tanneurs, pour les personnes qui assemblent les chaussures ou pour nos clients finaux. Dans la majorité des cuirs sur le marché qui sont tannés chimiquement, il y a du Chrome 4 qui est cancérigène.
Pour résumer je dirais qu'en grandissant, N'go à la possibilité d'inclure au projet de plus en plus d'engagement écoresponsable et éthique tout en veillant à conserver la qualité.

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- La deuxième évolution concerne notre gamme de produits. Nous avons pour projet de proposer autre chose que de la chaussure. Je ne peux pas encore te dire ce que ce sera, non pas que je ne veuille pas, mais tout simplement parce que nous n'avons pas encore trouvé quoi. Nous avons notamment des pistes de collaborations avec d'autres marques, avec qui on pourrait combiner l'artisanat avec lequel nous travaillons et leur savoir-faire pour créer des sacs, des vêtements, etc...

Et concernant le crowdfunding, allez-vous continuer à vous financer par ce biais ?
Pour l'instant oui, car comme tu as pu le voir, la nouvelle collection est actuellement en crowdfunding. Il s'agit dans les faits de précommandes où l'on promet de livrer les 100 premières chaussures avant Noël, et là elles sont prêtes à être envoyées. Et le reste des commandes sera livré à partir de janvier 2019. Ce fonctionnement nous permet de financer la production à l'avance.

Mais par la suite, en effet, nous souhaitons nous détacher du crowdfunding et rendre les collections directement disponibles sur le site. Ce qui signifie sans phase de précommande et avec une livraison en 2 jours directement à la maison, en entretenant un stock directement en France.

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Concernant l'aspect administratif de l'entreprise, as-tu eu des difficultés particulières pour l'ouverture au Vietnam ?
Non, car l'entreprise est enregistrée en France, elle est nantaise. Officiellement, il n'y a que la production qui est ici. Donc nous sommes domiciliés en France et ça nous a évité d'avoir les soucis qu'il y a lorsqu'on ouvre 100% au Vietnam, avec les prête-noms, etc... Ici, on travaille avec des ateliers qui ont des licences pour exporter, donc on est simplement considéré comme un client français qui passe commande à un producteur vietnamien.

Dans le futur on aimerait aussi ouvrir un bureau au Vietnam pour employer des personnes ici et pourquoi pas y distribuer nos produits, mais le souci c'est que tout de suite il faut un vietnamien associé ou un "prête-nom".

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Donc, au final, en ayant uniquement la production/conception ici on s'évite beaucoup de soucis, et même si on décide de commercialiser les chaussures ici, je pense qu'on enverra les stocks dans un autre pays puis on les fera revenir ici au Vietnam. Ce sera encore ce qu'il y aura de plus simple, et c'est d'ailleurs ce que les grandes marques font pour vendre au Vietnam sans être domiciliées ici. C'est ce qui explique que l'on peut trouver des produits originaux fabriqués ici encore plus cher qu'en France, car les marchandises ont dû être sorties du territoire puis re-rentrer.

Est-ce que N'go a été ta première aventure en entrepreneurial ? Pour Kévin aussi ?
Oui c'était une première fois pour nous deux. Mais un grand avantage qu'on a eu c'est que Kévin en tant qu'expert-comptable, son travail était de suivre les créateurs d'entreprises et les conseillers. Donc la partie administrative, commerciale et financière, il la connaissait et la gérait très bien avant même le début du projet. De mon côté, donc sur la partie construction d'école, je connaissais, car c'est mon métier à la base, en revanche la partie production je l'ai apprise de A à Z. On est vraiment complémentaire donc ça fonctionne très bien.

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Et justement sur la partie construction d'école, moi j'avais plutôt l'impression que les infrastructures n'étaient pas si mauvaises.
C'est parce que tu as dû voir celle des villes. Au Vietnam, il y a un gros contraste entre les grandes villes et les campagnes. Dans les endroits où on travaille, parfois personne ne va à l'école parce que les locaux sont faits avec 4 bouts de bamboo et une bâche. Par conséquent, quand il y a la saison des pluies, tout s'écroule et les parents ne veulent pas envoyer leurs enfants car c'est dangereux, d'autant qu'ils ne voient pas toujours l'intérêt de l'école pour leurs enfants. Il y a beaucoup de travail à faire ici.

Et reviens-tu en France parfois ?
Une fois par an à peu près ! Là je rentre le 1er Décembre et je vais notamment m'occuper du stand N'go Shoes sur le marché de Noël éco-solidaire de Nantes. On y était l'année dernière et ça avait super bien marché donc on y retourne. C'est top puisque notre clientèle première est nantaise, nous même étant nantais et les habitants étant globalement assez intéressés par les démarches éco-solidaire. En participant à ces événements, l'avantage pour moi qui suis éloigné des clients à l'année c'est que j'ai les feedbacks en direct de leur part. Et avoir autant de retours positifs ou négatifs est très intéressant.

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Est-ce que tu aurais des conseils pour se lancer au Vietnam ?
Si tu veux t'adresser à une clientèle vietnamienne, c'est malheureux à dire mais il faut faire quelque chose de cheap, la qualité ce n'est pas le critère numéro un pour la population locale, en revanche ce qui importera plus ce sera l'aspect esthétique.

Aussi, et ce conseil compte quel que soit l'endroit où tu veux lancer une entreprise, c'est qu'il ne faut pas aller trop vite. C'est pour cette raison qu'aujourd'hui je ne travaille pas à plein temps sur N'go. Ce qui est important quand on démarre une entreprise c'est d'avoir une stabilité financière, si tu ne l'as pas c'est très compliqué. Ne pas être pleinement dépendant de la réussite du projet permet de travailler dessus en ayant moins la pression. C'est pour cela que je conseille de s'assurer une source de revenu à côté quoiqu'il arrive.

Et enfin, que ferais-tu si tu étais resté en France ?
Je ne serais pas resté en France, je serais reparti avec une autre ONG, non pas que je n'aime pas la France. Mais je suis habitué à vivre à l'étranger, ça me manquerait trop de ne pas pratiquer une langue étrangère, de ne pas découvrir quelque chose de nouveau tous les jours, j'ai besoin de ce changement de routine.

Merci de m'avoir accordé de ton temps Ronan !
Avec plaisir !

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