responsive web templates
Mobirise

Remy - Da Nang

J'ai croisé Remy par hasard lors d'une balade dans le centre-ville de Da Nang. Je suis entré dans son restaurant "Le rendez-vous" et après avoir expliqué mon projet, Remy a accepté de réaliser cette interview le lendemain dans son autre affaire au sein du Bar le "Crazy Cat". Dans cette interview Remy nous retrace son parcours et offre de précieux conseils si l'on souhaite se lancer au Vietnam.

3

entreprises lancées au Vietnam

4

années au Vietnam

Âge: 49 ans

Lieu de naissance: Meaux

Lieu de vie: Da Nang, Vietnam

Activité: Fondateur "Le rendez-vous", associé au "Crazy Cat"

Hobbies : Musique

Métier rêvé pendant l'enfance: Cuisinier

Mobirise
Mobirise

DAB : Bonjour Remy ! Peux-tu te présenter ainsi que ton parcours ?
Remy : Bien sûr ! Je m'appelle Remy Locart, j'ai 49 ans et j'habite à Da Nang.

Concernant mon arrivée ici, tout a débuté par un voyage à Kuala Lumpur il y a environ 5 ans. J'ai un ami qui y organisait un évènement pendant 3 semaines et qui m'a invité à y aller tous frais payés, j'avais juste à faire mon passeport.

Ces 3 semaines ont été incroyables et, à la suite de ce séjour, je me suis décidé à voyager. À mon retour en France, mon ex-compagne et moi nous sommes séparés et j'ai décidé d'emmener mes enfants avec moi lors de mon prochain voyage. Mon père étant d'origine vietnamienne et n'y étant jamais allé, j'ai pensé que c'était la destination qu'il nous fallait.

Mobirise

Nous sommes arrivés à Ho Chi Minh puis nous sommes allés à Hanoï. Nous avons eu beaucoup de pluie et avions un peu de mal avec l'agitation constante, donc nous avons commencé à regarder les plages qu'il pouvait y avoir. J'ai vu un vol pour Da Nang et nous nous sommes décidés à y aller un peu sur un coup de tête, sans trop connaître. Quand nous sommes arrivés, il faisait un temps magnifique et les plages étaient superbes donc nous y sommes restés 2 semaines, ça a vraiment été un séjour parfait. En rentrant en France, j'ai commencé à beaucoup réfléchir à ce que je pouvais faire et je suis retourné à Da Nang pendant 1 mois avec un copain. Une fois rentré en France après ce deuxième voyage, c'était clair dans ma tête. J'ai décidé de vendre le restaurant que j'avais en France, ma compagnie d’événementiel, la maison, ma voiture, ma moto et de m'installer à Da Nang. Tout vendre pour repartir à zéro a pris environ 6 mois et durant ces 6 mois je suis encore revenu un mois à Da Nang pour être sûr de mon choix.

Mobirise

Et comment se sont passés les débuts ?
Tout s'est passé très rapidement, j'ai un super ami vietnamien qui a beaucoup d'activités ici qui m'a dit : " Si tu veux ouvrir une affaire, tu me dis ce que tu veux faire et vers où tu veux être et je regarde pour toi". J'ai simplement dit que je souhaitais ouvrir un restaurant près de la mer et 10 minutes après il m'a dit "ok j'ai trouvé un truc super pour toi viens avec moi on va visiter". C'était une maison sur hàn tường 1 (l'axe le plus proche de la mer à Da Nang) qui m'a tout de suite paru idéal. Nous avons décidé de casser tout l'intérieur pour ré-agencer la maison en faisant le restaurant en bas et mon appartement au-dessus.

Je suis ensuite rentré en France le temps que les travaux se finissent, et je suis revenu définitivement en juillet 2014.

J’y ai ouvert une pizzeria car c'est le type de restaurant que je possédais aussi en France donc je connaissais bien le métier. C'était une pizzeria traditionnelle où tout était fait à la main avec des produits importés de très bonne qualité. J'étais un des seuls restaurants sur hàn tường 1 et autour il n'y avait que des hôtels, donc dès que les hôtels se remplissait, c'était moi qui récupérais tous les clients. Cette pizzeria a donc très très bien fonctionné pendant les 18 mois où je l'ai eu et par la suite elle a été rachetée par des vietnamiens. D'ailleurs ça a été très impressionnant au moment du rachat puisque ça ne marche pas comme en France, ici le rachat se fait tout en liquide directement dans des grands sacs. Depuis, la pizzeria a été déménagée sur hàn tường 2 (un peu plus éloigné de la mer) et mes recettes ont été changées. Donc aujourd'hui c'est plus des pizzas vietnamiennes qu'italiennes, et le restaurant n'a plus grand chose à voir avec celui que j'ai monté au début.

Il y a 3 ans, et à la suite de la revente de ma pizzeria, j'ai ouvert un restaurant français qui s'appelle "Le Rendez-vous". Le restaurant est plus éloigné de la mer mais plus proche du centre-ville. L'établissement fonctionne bien malgré le fait que l'activité a mis plus de temps à démarrer car on est sur une carte avec des prix plus élevés, donc il faut se faire une réputation. Mais on sert principalement des étrangers donc le développement touristique avec le nouvel aéroport a vraiment aidé.

Et enfin je suis depuis 6 mois associé au Crazy Cat, donc l'endroit où nous sommes actuellement, c'est un coffee/pub où j'ai ouvert un "food corner" avec des paninis etc, ...
Mobirise

Super ! Et par rapport à l'ouverture de toutes ces affaires au Vietnam, est-ce que tu as eu des soucis ? Tu as eu besoin d'un prête-nom ou quelque chose comme cela ?
Non je n'ai pas eu tant de difficultés que cela ! Ici j'ai un avocat et c'est lui qui me fait tous mes papiers etc, ... Donc je n'ai pas eu besoin de partenaire vietnamien ou de "prête-noms" et je suis à 100% propriétaire de mes affaires.

Depuis la première pizzeria que j'ai ouverte, je suis enregistré en tant que compagnie étrangère donc j'ai toujours pu être propriétaire à 100%.

D'ailleurs, il faut faire super attention en travaillant avec les prête-noms, je connais beaucoup d'entrepreneurs qui ont eu de très mauvaises surprises. Aujourd'hui beaucoup de monde viens me voir pour avoir les coordonnés de mon avocat et savoir comment j'ai fait, c'est même devenu une activité de consulting pour moi. J'aide les personnes qui souhaitent se lancer au Vietnam.

Mobirise

Justement, dans ton cas précis, qu'est ce qui t'as poussé à choisir de t'installer au Vietnam spécifiquement ?
J'ai choisi le Vietnam dans un premier temps pour me rapprocher de mes origines. C'est d'ailleurs ces mêmes origines qui me permettent de bénéficier d'une exemption de visa.

Et ce qui m'a vraiment poussé à emménager c'est l'ambiance vietnamienne. Ici, tout est "à la cool", il n'y a pas de stress. Je me rappelle qu'à mes débuts, ce qui m'a agréablement surpris c'est que personne ne pense " Oh non on est lundi je commence la semaine", ici, c'est tous les jours dimanche ! On va au travail avec le sourire il fait beau, il y a la mer, on prend son petit déjeuner sur la plage, etc, ...  Globalement, nous autres entrepreneurs étrangers amenons notre savoir-faire et en échange les vietnamiens nous partagent leur mode de vie.

Aussi la vie est bien moins chère ! Au Vietnam, 80% des expats sont des jeunes qui s'établissent en tant que professeurs d’anglais. Même sans diplôme d'enseignement ils gagnent environ 15$ de l'heure et en travaillant uniquement 10H par semaine ça leurs fait 600$ par mois et ils peuvent se payer un appartement et vivre bien, avec beaucoup de temps libre. Pour ceux qui ont des diplômes ça atteint parfois 45$ de l'heure.

Ensuite, il y a une bonne communauté de français au Vietnam, ça aide malgré tout car on n’est pas perdu. Moi en arrivant par exemple, je ne parlais pas un mot d'anglais et ça ne m'a pas empêché de me lancer.

Enfin, sur des aspects plus business, il faut savoir qu'il y a beaucoup moins de taxes ici qu'en France, c'est beaucoup plus avantageux. En plus, tout est plus simplifié et se passe par internet, on est beaucoup plus libre sur les aspects administratifs. Et les opportunités sont vraiment énormes, quand tu parles de l'Asie en France tout le monde te parle de la Thaïlande mais c'est trop tard pour la Thaïlande, c'est fini, c'est que des touristes.

Et puis tout simplement il y a les 9 mois de soleil par an dont on profite ici ! On est le 30 octobre et il fait 27 degrés, que demander de plus ?

Mobirise

Et quel est ton opinion sur la ville de Da Nang où tu as choisi de t'implanter ?
Da Nang est la 3ème plus grande ville du Vietnam, et c'est la plus importante ville côtière. Le gouvernement compte énormément sur le développement de Da Nang donc ici tout se développe à vitesse TGV.

Récemment un nouvel aéroport a été ouvert à Da Nang et ça a vraiment été un "boum" pour l'activité de la ville, beaucoup de lignes directes vers de nouvelles destinations ont été ouvertes ce qui a amené de nombreux touristes et de nouvelles nationalités.

Pour ceux qui veulent faire des affaires sur Da Nang, c'est maintenant que tout se passe car d'ici un ou deux ans ce sera trop tard. Par exemple ici les prix de l'immobilier ont déjà été multipliés par trois en 3-4 ans. 

Concernant le management avec le staff local, comment cela se passe dans tes différentes affaires ?
Ça peut être compliqué parfois, puisqu'ils sont rarement qualifiés et ils n'ont pas la mentalité européenne, pour eux le travail ce n'est pas une obligation du tout. Parfois je reçois des appels à 6h55 de personnes qui doivent commencer à 7h et qui me disent "Je ne peux pas venir travailler ma mère est malade" et moi je me dis "Mais elle est malade depuis quelle heure ta maman ?". C'est vraiment une façon de fonctionner différente.

Aussi, ce que détestent par-dessus tout les vietnamiens c'est de perdre la face. Ils détestent les confrontations, ils ne supportent pas qu'on leur montre qu'ils ont tort, et quand il y a un problème ce n'est jamais la faute de personne. Donc il faut savoir prendre des pincettes, être assez cool et relax dans les échanges, et répéter 40 fois si besoin. Ou alors, il faut faire une liste avec tout ce qu'il faut faire comme ça, aucun employé ne peut dire qu'il ne savait pas.

On doit donc s'adapter à la façon de fonctionner, ici par exemple au Crazy Cat, il y a un système d'empreinte digitale pour la présence du staff. Ils scannent leurs empreintes au début et à la fin du service pour être sûr qu'ils sont bien venus travailler, c’est des choses qu’on ne verra jamais en France.

Donc tu as dû t'adapter au niveau du management mais au niveau de tes produits, est-ce que tu t'es adapté au public et aux demandes locales ou bien ta cuisine reste la même que celle que tu faisais en France ?
Pour mes différentes affaires, les plats sont au maximum identiques à ceux que je faisais en France, déjà puisque c'est rendu possible par toutes les sociétés qui exportent des produits "western" en Asie. Aujourd'hui si tu trouves le bon fournisseur tu peux tout avoir ici, des huîtres, des pâtes feuilletées, de la mozzarella, ... Mais surtout parce qu'ici, quand tu ouvres une affaire, tu as besoin d'une spécialité et de bien t'y tenir. Et il faut bien tenir ses recettes puisque le staff peut avoir tendance à te les changer, si tu ne surveilles pas la cuisine du jour au lendemain ils peuvent changer la façon de faire. Une fois à la pizzeria, un employé m'a ramené une sauce nuoc mam et je lui ai dit "Mais qu'est-ce que tu veux faire avec ça ? Ahahah".

Donc pour te répondre non je n'ai pas spécialement adapté les produits ou les recettes à la demande locale, pour moi il faut au maximum se tenir aux recettes originales.

Concernant ton activité ici, va-t-elle évoluer ? As-tu l'intention d'ouvrir de nouvelles affaires ?
Peut-être, mais ce n'est pas encore sûr. Tout d'abord parce que cela prend beaucoup de temps, et plus tu ouvres de business plus tu as de problèmes à gérer. Mais dans tous les cas je resterai sur de la restauration puisque c'est le domaine que je connais le mieux et comme je l'ai dit si tu veux réussir ici tu as besoin d'être pro. 

Enfin sur un aspect plus personnel, comment vis-tu l'éloignement de la France ?
L'éloignement de la France en elle-même ne me pèse pas trop, c'est surtout l'éloignement avec mes deux enfants qui est difficile. J'ai deux garçons de 18 et 20 ans avec qui j'ai une relation très fusionnelle mais il n'est pas facile de les voir souvent. Ils viennent généralement tous les ans et parfois pour des durées importantes, par exemple mon fils qui est à l'université vient deux mois et demi en début d'année prochaine pour un stage dans les nouvelles technologies.

Pour mon plus grand qui est joueur professionnel dans le E-Sport sur Call Of Duty c'est plus difficile de venir car il est toujours en train de voyager aux États-Unis mais on essaye de se voir un maximum malgré tout.

J'ai pensé à revenir en France pour être plus près d'eux mais même mes enfants m'ont dit que ça ne valait pas le coup. Eux sont déjà grands et vont suivre leurs propres routes, et d'ailleurs ils ne souhaitent pas vivre en France dans le futur donc ça ne vaut pas vraiment le coût d'y retourner.

Et toi-même, retournes-tu de temps à autre en France ?
Une fois par an en général, auparavant pour des périodes assez longues (2-3 mois) mais j'y reste de moins en moins longtemps au fil des années.

Aujourd'hui, quel regard portes-tu sur la France ?
J'ai l'impression que les Français se plaignent tout le temps mais ils n'agissent pas, et ils ne sont pas assez solidaires. Et sur des problématiques plus liées au business, j'ai l'impression que c'est devenu quasiment impossible de lancer une affaire en France, on est assailli de taxes et de formalités avant même d'ouvrir.

Comment est composé ton entourage ici à Da Nang, majoritairement des expats ? Ou plutôt des locaux ?
Je dirais moitié-moitié, il y a beaucoup d'expats qui arrivent sur Da Nang, donc on rencontre de nouvelles personnes tout le temps. Concernant les vietnamiens c'est plus difficile de nouer des liens avec les personnes plus âgées, mais la jeune génération parle très bien anglais donc il a moins la barrière de la langue.

Et en y pensant, que ferais-tu si tu étais resté en France ?
Bonne question ! Je pense que j'aurais toujours le restaurant que j'y avais, mais malheureusement je serais obligé de faire du black pour pouvoir y trouver mon compte vu comme on y est taxé.

Enfin, quel conseil donnerais-tu a quelqu'un qui veut se lancer au Vietnam ?
Je dirais qu'il faut connaitre la spécialité que tu veux faire, bien s'entourer avec un bon avocat, trouver un endroit avec un contrat de location de 5 ans minimum et ne pas attendre car sinon il sera trop tard. Mais surtout il ne faut pas arriver et trouver sa spécialité ici. J'en ai connu beaucoup qui ont ouvert des business sans être pro dans leur domaine et ça n'a pas fonctionné. Ce qui fera la réussite ce n'est pas la mise de départ mais c'est la connaissance du domaine que tu vas avoir, et ta capacité à transmettre cela à ton staff.

SUIVEZ REMY