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Jean Verly - Hanoï

Après quelques recherches sur internet, j'ai découvert qu'un Français avait ouvert une salle d'escalade Indoor dans le nord d'Hanoï. Un projet un peu fou dans un pays qui n'avait, jusqu'à cette époque, aucune connaissance de ce sport.

Après quelques rapides échanges, Jean m'invite à le rejoindre dans les locaux de Vietclimb pour découvrir cette fameuse salle, et bien plus encore.

28

Années de pratique (Jean)

200

Mètres carrés de blocs d'escalade

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115

Excursions organisées

Age: 37 ans

Lieu de naissance: Saint-Mandé dans le 94

Lieu de vie: Hanoï

Activité: Grimpeur professionnel et fondateur de Vietclimb

Hobbies : Escalade, trek, lecture, musique

Métier rêvé pendant l'enfance: Officier militaire

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DAB : Bonjour Jean, est-ce que tu peux te présenter ?
Jean : Je m'appelle Jean Verly, j'ai 37 ans je suis arrivé au Vietnam en 2005 avec un aller simple même si ce n'était à l'origine que des vacances. Je venais de finir mes études après hypokhâgne khâgne puis lettres modernes et enfin une école de commerce (Neoma).
Après mes vacances j'ai décidé de rester travailler ici, ce que j'ai fait dans espace culturel durant 6 mois. À la suite de cela, je suis rentré en France durant neuf mois puis je suis revenu ici avec un autre aller simple. J'ai travaillé à la mission économique puis dans une entreprise d'architecture et enfin j'ai monté Vietclimb.

Donc tu es venu ici sans l'idée de base de Vietclimb. 

Exactement, je suis venu ici sans idée précise. Comme beaucoup de gens je pense.



Pourrais-tu présenter rapidement l'activité de Vietclimb ?

Oui bien évidemment ! L'idée de départ était d'ouvrir une salle d'escalade, enfin une salle de blocs, étant donné que j'en faisais beaucoup en France ça me manquait un peu ici. 

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Puisqu'il n'y en avait aucune au Vietnam à ce moment-là ?

Quand j'ai eu cette idée en 2009, non il n'y en avait pas du tout. L'idée de base était seulement de monter une salle qui permettrait de générer des revenus pour couvrir les frais, mais ensuite, étant donné que l'escalade n'est pas du tout connue ici, j'ai dû diversifier mes activités. C'est pour cela qu'aujourd'hui nous avons 3 activités en dehors de la salle elle-même : l'organisation d'excursion pour l'escalade sur des falaises, la vente de matériel avec des marques françaises que l'on représente et enfin, la construction et l'assemblage de murs d'escalades pour des écoles internationales ou des shopping malls par exemple.

Et ça reste toujours aujourd'hui la seule salle à Hanoï ?

C'est la seule salle d'escalade dédiée donc qui fait uniquement cela. Sinon il y a d'autres petits murs qu'on a construits dans des centres commerciaux mais c'est plus tourné divertissement que club. Sinon dans le reste du Vietnam il y a uniquement 2 petites salles à Saïgon (Ho chi minh).


Et ici on vient pour 1 ou 2 heures d'escalade ou c'est vraiment des cours réguliers ?
En fait, c'est un petit peu comme une salle de fitness, il y a des gens qui viennent et qui pratiquent par eux-mêmes et il y a des gens aiment être un peu encadrés et avoir des cours. Donc, j'ai aussi un staff français pour les cours et l'encadrement. On est une équipe de quatre personnes à temps plein.

Et donc, le public qui vient à Vietclimb c'est plutôt des français, des vietnamiens ?
Je dirais que c'est à peu près 50/50. 50% de Vietnamiens et 50% d'étrangers qui travaillent au Vietnam. Ensuite, pour les excursions c'est principalement des étrangers, à cause du prix surtout.

Et des touristes de passage aussi peut-être ?
Quasiment pas ! Puisque je ne suis pas trop dans l'industrie touristique, c'est une industrie que je n'aime pas trop de toute façon. Et aussi, tout simplement parce que la plupart des touristes au Vietnam ce sont des "Budget travelers", donc des personnes qui essayent de vivre avec moins de 10 dollars par jour. Alors, forcément quand tu proposes des produits ou des excursions un peu plus complexes et un peu plus chers, ça ne suit pas.

Est-ce qu'il y a pour projet de faire des compétitions ici ou des choses comme ça ?
Au début on en faisait puisque je pensais que cela allait ramener des gens, mais en réalité pas tant que ça. Au début, entre 2011 et 2016 on en faisait une grosse par an. En invitant des route setters d'Asie du Sud-Est. Mais ça me coûtait trop cher pour un retour presque nul en termes de vente. Donc maintenant on fait des petites compétitions mais juste avec des compétiteurs locaux.
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Avant de fonder Vietclimb à Hanoï est-ce que tu étais déjà entrepreneur en France ?
Pas du tout. Je n'avais presque pas travaillé en France j'avais simplement fait un stage de trois mois au ministère de la culture.

Et quelle a été l'étape décisive où tu as décidé que tu allais lancer ta salle d'escalade ? 

Tout simplement quand je n'avais plus de travail ! J'avais l'option de renouveler mon contrat dans la boîte d'architecture dans laquelle j'étais à Hanoï mais je ne l'ai pas fait. J'ai rapidement cherché du travail mais rien ne me plaisait et j'en avais marre de passer des entretiens. Je pensais que ça m'apporterait plus d'autonomie et de liberté de monter ma boite. 

Concernant les étapes pour ouvrir son entreprise au Vietnam comment ça se passe ?
Là je suis un spécialiste ! Quand je travaillais à la mission économique j'étais responsable de l'écriture du livre "Comment investir au Vietnam". Soit le livre qui est censé être vendu aux entreprises françaises qui veulent s'implanter au Vietnam.
Donc sur le côté officiel je suis un spécialiste, mais entre les textes et la réalité ça n'a rien à voir. Pour monter la boîte j'ai fait ça avec un Vietnamien et un Viétio-Américain parce que comme souvent en Asie en tant qu'étranger tu ne peux pas être réellement propriétaire de ta boîte.
Mais globalement, ici si tu veux faire les choses proprement, c'est-à-dire opérer avec une business licence, payer tes impôts et tout ça, c'est très très difficile d'avoir ton nom sur le certificat d'investissement. Moi par exemple même après 10 ans d'activité je ne suis toujours pas vietnamien, donc je suis seulement considéré directeur de ma boîte et pas comme un propriétaire direct.

Combien de temps cela a-t-il pris pour monter Vietclimb ?
Pour mon cas, ce qui m'a pris du temps ça a déjà été de me décider. Puis ça a été la mise en œuvre du projet : quel architecte ? Quel constructeur ?
Il y a aussi eu la recherche de capitaux extérieurs, amenés par les partenaires vietnamiens et Vietio-Américains qui a pris un peu de temps. 
Enfin il a fallu trouver le local car trouver un endroit pour une salle d'escalade c'est plus compliqué que pour un restaurant ou un bureau.
Pour moi le tout a pris à peu près 1 an.

Et comment as-tu choisis ton emplacement ?
Ici on est entre le lac de Thai Ho et la rivière rouge, c'est près du centre tout en bénéficiant d'un certain espace pour la salle. Normalement, c'est une zone qui n'est pas vraiment constructible mais c'est assez peu respecté. Par exemple je ne peux pas déclarer ma location de terrain étant donné que la personne qui possède ce lieu n'a pas vraiment de certificat de propriété ni le droit de louer étant donné la nature de la zone. Donc au final, je paye plus d'impôts sur les sociétés parce des dépenses comme la location du local ne peuvent pas être déclarés ou justifiés.

Quelles sont les perspectives d'évolution de Vietclimb ?
Je ne sais pas encore, on ne perd pas d'argent et on en gagne raisonnablement donc c'est déjà bien. Cette année a été plutôt bonne en termes de nouveaux projets, on a par exemple ouvert un gîte.

Donc une 5ème activité !
Oui si on veut ! Mais ça rentre dans le cadre des excursions puisque qu'on a ouvert le Homestay là où on a ouvert des voies d'escalade extérieures. L'origine de ce projet vient du fait qu'il n'y avait pas réellement d'infrastructure dans le village pour accueillir nos clients.
Sinon, nous sommes également sur un gros projet de construction d'un mur pour le lycée français.
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Concernant les coûts, par rapport à la France, ici les prix sont divisés par combien pour ouvrir une salle ? Quels autres avantages/désavantages as-tu pu voir ?

Une structure d'escalade coûte assez cher en France. Ici, je dirais que le coût a été divisé par 3 ou 4. Cependant, en France il y a des financements publics que nous n'avons pas ici.  
Aussi, il faut savoir qu'on est obligé de travailler avec du matériel importé notamment sur tout ce qui est prises d'escalade, donc on paye des taxes et du transport là-dessus que l'on aurait pas eu en France.

Après, je ne sais pas si tu connais un peu les salles de blocs en France, Arkose, etc... Mais ça devient un gros business ! Ce qui tue aussi les petites salles de quartier. Donc je pense qu'une salle comme celle que j'ai créé n'aurait pas été réellement viable en France.

Le principal désavantage par rapport à la France, c'est qu'ici on ne bénéficie pas du grand bassin de pratiquants qu'il peut y avoir. Au Vietnam, on commence seulement à voir une classe moyenne émergente qui commence à s'intéresser au sport, et en plus de cela, l'escalade leur est totalement inconnue, même le mot escalade en vietnamien n'existe pas, donc en terme de marketing c'est assez compliqué. Ici, il y a tout un travail d'apprentissage à faire auprès de la population, on remarque par exemple que certains vont avoir tendance à prendre l'escalade pour une activité "d'enfants" en voyant les matelas ou les prises de toutes les couleurs.

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Et si tu étais resté en France qu'est-ce que tu ferais aujourd'hui ?

Je ne sais pas du tout ! Je suis quand même parti en 2005 ! Je pense que j'aurais essayé de travailler dans la culture, malgré que ce soit un milieu assez fermé.

Si je veux fonder une entreprise ici, quel serait ton conseil ?

Je dirais garder la foi ! Et il faut avant tout aimer l'aventure, puisque tu peux fermer du jour au lendemain. Tu peux être renvoyé du pays à cause de ton visa.

D'ailleurs comment ça se passe pour ton visa ?

Moi en tant que directeur, je n'ai pas trop de problèmes.

Merci beaucoup de m'avoir accordé cette interview Jean !

Avec plaisir ! Bon courage pour ton projet !

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